Félicité Adidého est la présidente de ‘’Finagnon’’ un groupement de femmes spécialisées dans la fabrication des ustensiles et vaisselles en argile à Sè, dans le département de Mono, commune de Houéyogbé. Dans cette interview, elle parle du processus de fabrication et formule un besoin au nom de ses collègues.

 

Bénin Intelligent : Depuis quand exercez-vous ce métier ?

Félicité Adidého : J’ai commencé ce travail depuis mon bas-âge. J’observais ma grand-mère puis ma mère le faire. Vers mes six ans j’ai commencé par m’entrainer aussi. Et je n’ai pas cessé jusqu’à ce jour. C’est ce que j’exerce pour nourrir mes enfants, mon mari, toute ma famille.

Y a-t-il un marché d’écoulement ? Ou bien une fois fabriquées ces ustensiles traînent chez vous longtemps avant d’être vendues ?

A Sè ici dans le département du Mono, commune de Houéyogbé, arrondissement Sè nous sommes connus comme de grandes potières. Des consommateurs, il y en a. Des détaillantes viennent s’approvisionner chez nous pour aller exposer aux bords des voies et vendre. Des gens quittent Cotonou, Parakou…pour venir directement les acquérir directement à notre base soit pour eux-mêmes ou pour les commercialiser également.

Quels sont les matières et instruments que vous utilisés ?

Nous utilisons premièrement l’argile (prélevée sous une terre noire). Ensuite les jarres usées, cassées. Nous les réutilisons ici. Au fait nous l’ajoutons à l’argile neuve qu’on nous ramène ; elle lui donne plus de consistance.

Comment mobilisez-vous les jarres usées ?

Nous en achetons de maisons en maisons. Les populations aussi savent que nous en utilisons et nous amènent. Nous-mêmes nous en ramassons par terre. Ça veut dire que si votre jarre est cassée ce n’est pas une raison pour tout jeter, non. Il faut rassembler les fragments. Nous achetons la bassine à 500F chez les populations.

A l’argile quelles sont les différentes que vous donnez ?

Nous fabriquons beaucoup de choses avec l’argile. Nous pouvons en donner toutes les formes que nous désirons. Je peux même utiliser l’argile, monsieur le journalise, pour vous représenter ; seulement il ne manquera que le souffle. Nous fabriquons des cloportes, bol, verre, gourde à eau, casserole, plat, pot de fleur, veilleuse…beaucoup de choses.

En contemplant vos œuvres, au-delà des ustensiles, on voit également un travail artistique. Vous dessinez des formes avec finesse, excellence. Pourtant vous n’avez pas reçu de formation, c’est seulement le savoir-faire acquis en observant votre grand-mère et mère?

A un moment donné nous nous sommes dit que le monde évolue, change. Donc nous avons senti le besoin de nous mettre en groupement. Des blancs se sont rapprochés de nous et nous ont aidées. Ils nous ont initié au tour. Nous avons fait cette formation en deux mois. Nous n’avons pas du tout abandonné la pratique héritée de nos grands-parents, car un héritage ne se délaisse pas. Nous pratiquons toujours les deux procédés.

Quelle est la nuance entre les deux pratiques ?

La seule différence c’est qu’il est plus rapide de fabriquer suivant le procédé du tour. Ainsi en un temps record nous pouvons fabriquer massivement. Avec la pratique héritée de nos grands-parents, l’argile est maniée au sol.

J’ai vu des branches de palmiers attachées et du feu activé. Ils servent à quoi et à quel moment dans la fabrication ?

Une fois fabriqué et séché, l’ustensile est introduit dans le feu. Sinon, il laisse couler l’eau. C’est pourquoi nous les brûlons au feu jusqu’à ce qu’ils soient « cuits ». Ce qui ne se fait pas avec du charbon.

Quelles sont les réalisations de Cirtoum à votre endroit ?

Cirtoum nous a construit une paillotte et des toilettes. Même cet après-midi nous nous sommes reposées sous la paillotte. C’est un bon lieu de détente où nous nous oxygénons en chantant, en souriant et même nous y dansons. Un tel lieu, nous n’en avions pas.

Vous faites combien dans le groupement Finagnon ?

Nous sommes vingt femmes. Certes il y a d’autres endroits de mise en valeur de l’argile mais nous sommes les plus grandes fabricantes.

Combien coûtent vos produits ?

Les prix varient. Il y en a de 400F, 300F, 1000F. La gourde par exemple il y en a de 1200F, 1000F, voire 500F. Quant aux plats, il y en a de 300F. Tout dépend des préférences du client.

Avez-vous des retours satisfaisants de vos clients ?

Oui. Ils témoignent que nos produits sont résistants. De plus, nos plats ne sont pas cancérigènes. L’argile est riche en calcium. Il fait du bien à l’organisme. D’ailleurs il soigne l’ulcère, les affections de la peau. En la maniant, l’argile nous rajeuni et nous vieillissons tardivement.

Si on doit vous aider, quels sont vos besoins ?

Nous avons besoin d’un four dans laquelle bruler les ustensiles une fois fabriquées. Avec ça nous ne nous exposerons plus au feu. Parce que cela nous rend malade. Nous tombons souvent malade de paludisme. Procéder avec les branches de palme brûler, notre corps ingurgite la chaleur et il y a la fumée qui nous va sur les yeux. Avoir le four nous fera énormément du bien.

Propos recueillis par Sêmèvo B. AGBON

Félicité Adidého, présidente des femmes potières de Sè : « Nous fabriquons beaucoup de choses avec l’argile »

 

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