Vingt ans déjà (27 janvier 2001-2021) que Vénérable Sossa Guèdèhounguè a rejoint les ancêtres. Sa réputation internationale de grand dignitaire Vodun n’a cessé de croître. Aujourd’hui encore le lieu de son inhumation à Doutou reçoit des visiteurs de partout. Une statue à la hauteur de l’homme qu’il a été est même érigée au bord de la voie principale donnant accès au site de son repos éternel. En plus du mausolée dont la clôture est ornée de dessins, un impressionnant géant arbre conquit également. Selon les confidences, il a accueilli toutes les grandes réunions dirigées par le Vénérable Sossa Guèdèhounguè de son vivant. Nous avons rencontré sur les lieux Marcellin Lokossou. Il est le secrétaire général de l’actuel successeur du défunt et président du Conseil national du culte Vodun du Bénin (Cncv-Racine), Agassa Guèdèhounguè. Entretien.

Bénin Intelligent : Nous avons vu le mausolée du Vénérable Sossa Guèdèhounguè dans un bon état. Qui s’occupe des lieux ?

Sg Marcellin Lokossou : Notre père spirituel Sossa Guèdèhounguè de son vivant, fut un grand défenseur du monde Vodun. Quand il nous a tournés dos, son lieu de repos est devenu un lieu d’attraction et des gens viennent de partout pour s’y recueillir. Puisque c’est ainsi, il est capital que ce lieu soit aménagé. L’association Gi-Mono dans son projet Cirtoum destiné à la mise en valeur des sites touristiques du Mono, a identifié et inclus le mausolée du Vénérable Sossa Guèdèhounguè.
Le lieu a alors été agrandi, aménagé et est maintenant riche en couleur. Il est devenu plus attrayant. De plus, le grand arbre communément appelé ‘’Ganxotin’’ en Fongbe (Tototin, chez nous ici) n’a pas été occulté. Quand il était encore parmi nous, c’est sous cet arbre que le Vénérable tenait les grandes et sensibles réunions avec ses collègues dignitaires d’ici ou d’ailleurs. Cet arbre est déjà vieux de deux cents ans. Il était là avant la naissance de nos parents. Toute la superficie circulaire des branches impressionnantes de l’arbre a été cimentée, les bords en béton élevés servent d’assise tout autour. Nous ne pouvons qu’en être reconnaissants.

En quelques mots, qui était Sossa Guèdèhounguè ?

D’abord, le nom Guèdèhounguè est le raccourci d’une incantation qui est utilisé comme patronyme. Sur la clôture du mausolée vous verrez dessinés le bouc et la tortue. Ce sont les deux espèces qui le fortifient, le renforcent. Sossa Guèdèhounguè a accompli beaucoup de miracles. Déjà à dix ans il était devenu adepte de la déité Kokou. A l’époque, les jeunes allaient commettre de petits jobs pour se faire de l’argent. Un jour, alors qu’il avait suivi ses grands frères au champ à Drè, localité située après Sè, un vent impétueux se souleva et le jeune Guèdèhounguè disparut au milieu d’eux. Ils l’ont cherché jusqu’à épuisement, en vain. Ils durent se retourner bredouille. La famille informée, se mit aussi à sa recherche sans succès, gardant espoir qu’un jour, il reviendrait de lui-même. Lorsque trois années se sont écoulées sans les nouvelles de leur fils, la famille conclut alors à son décès et organisa les funérailles appropriées à ce genre de disparition. Mais, exactement sept ans après lesdites cérémonies funèbre, le jeune Guèdèhounguè réapparu au même endroit où il avait été enlevé ; le même grand vent l’a ramené. Il avait des cheveux de rasta. La dame qui le vit en premier a entonné une chanson rituelle du vodoun Xèbiosso (Foudre). Nous savons quand et comment il était devenu adepte de la divinité Kokou mais personne ne sait comment il a été initié au Vodun Xèbiosso. Il est revenu avec les insignes de cette divinité sur le corps. A son retour, il était devenu tout puissant, rempli de pouvoirs et il accomplissait tellement d’œuvres et de miracles qui laissaient toute la région bouche bée. Vénérable Sossa Guèdèhounguè était imperméable aux balles tout comme son successeur. Il pouvait cueillir une feuille, la suspendre en l’air et faire monter un homme là-dessus qui va se déplacer avec. Il lui arrivait d’appeler un mouton et de l’envoyer au marché lui faire des emplètes. Nous avons été témoins de ses hauts faits inédits. En Haïti où il a été présenté aux dignitaires Vodun, il a planté une branche d’iroko, qu’il a fait pousser le même jour jusqu’à devenir un grand arbre sous lequel ils ont tenu une réunion avant son retour au pays. Il a fait avec tous les grands hommes d’Afrique et au-delà. Il était le père spirituel de beaucoup de chefs d’Etat et les aidait à consolider leur pouvoir. Il n’était pas instruit mais pouvait voyager seul du Bénin en l’Italie. Comment arrivait-il à communiquer ? Il gardait sur lui un bouc dans une petite boîte de Jago et quand lui parlait sa langue maternelle l’animal la traduisait aux Blancs et quand ceux-ci s’adressaient à lui en français ou anglais, l’animal le lui traduisait. Il ne s’agit pas d’affabulation. Nous avons des éléments vidéos que nous suivons ici.

Comment gérez-vous l’héritage qu’il a laissé ?

Un grand qui s’en va, laisse beaucoup de choses tout comme il emporte définitivement d’autres. Nous préparons des documentaires qui seront diffusés sur nos chaînes en vue de faire connaître beaucoup de choses sur lui.
Le combat du Vénérable pour le rayonnement du Bénin, nul ne l’ignore. Après son départ, quel est l’état des lieux ?
Ça ne va pas comme nous l’aurions souhaité. Regardez par exemple cette prolifération anarchique des églises fauteurs de trouble dans l’ordre endogène, qui diabolisent nos valeurs, nos pratiques. Le Blanc nous a mis en tête que nos valeurs sont fausses, sataniques. Et les nôtres le répètent bêtement encore. Mais un Africain avec le sang africain qui coule véritablement dans ses veines doit s’éveiller et réveiller les autres, nos parents, nos frères et sœurs et leur inculquer l’urgence de défendre notre patrimoine, notre identité. C’est à nous d’assainir nos valeurs pour les vendre et les présenter à la face du monde. Ce n’est pas une œuvre facile mais pas impossible aussi.

Oui, mais les dignitaires Vodun eux-mêmes se montrent-ils sérieux ?

Dans toutes les familles en Afrique, il y a forcément des cultes ancestraux. La destruction de nos valeurs, certains de nos parents sont complices : contre l’espèce sonnante et trébuchante nous livrons les secrets de nos cultes et vendons les forêts sacrées. Sous le prétexte de la laïcité nos valeurs sont pillées. Il faut pouvoir édicter des limites à notre laïcité ou liberté religieuse pour empêcher le mépris des autres à notre égard.
Merci

Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON

Source: https://www.beninintelligent.com/deces-dune-grande-figure-vodun-sossa-guedehoungue-20-ans-apres/

commentaires