Le patrimoine culturel béninois ne finira jamais de susciter l’admiration quant à sa richesse, sa diversité et sa fonctionnalité, c’est ce qui ressort de la découverte de la forêt sacrée de Soyihoué située à Lobogo, un paisible et revitalisant arrondissement de Bopa que nous vous faisons connaître à travers les lignes suivantes.

Confinée par la pression urbaine dans sur un espace relativement étroit de plus d’un hectare, la forêt sacrée de Soyihoué a une fonctionnalité double : panthéon vodoun et réserve botanique à usage médicinal. Elle représente un paysage chargé par la tradition.  Dans la conscience collective des populations de Lobogo, paisible arrondissement, le plus peuplé de la commune de Bopa et qui est situé dans une zone frontalière entre Houéyogbé et Bopa, la forêt sacrée de Soyihoué est un bien culturel hérité des anciens. Elle est mise en place, bien avant l’installation du poste administratif colonial en janvier 1905 et avec comme chef-poste le colon Ferlus, par Têko Gannongbé Soyibonon. Ce dernier a géré la forêt qu’il a légué à plusieurs régents à savoir : Tingo Baba, Têko Gannongbé Tchékessi, Têko Gannongbé Mèhinto Sognibonon, Têko Gannongbé Sognibonon Houèdossi. L’actuel régent qui représente la sixième génération des gardiens en charge de la gestion de cette forêt sacrée est Gannongbé Hounnou. Avec un collège de prêtres et prêtresse, il administre le site et rend aux populations les services traditionnels qui lui sont reconnus. Ce lieu sacré possède une multitude de fonctions sociales : tribunal pour le règlement des conflits entre membres de la communauté, site de recueillement des religieux du culte vodoun, pharmacie à ciel ouvert. Il offre aux populations, à travers ses divinités et ses plantes médicinales, les solutions idoines et pratiques pour la paix, le bien-être et la santé. Grâce à l’assistance du régent en charge de la forêt, ce personnage d’intercession entre le monde des humains et celui des esprits incarnant sagesse et vertus, les communautés de Lobogo s’identifient à ce site et lui reconnaissent tous ses attributs.

Une visite de cette forêt sacrée, site patrimonial à valeur exceptionnelle vous permet de découvrir les divinités constitutives de la religion vodoun : le Sakpata, le Hèviosso, le Dan, le Ogou, le Mami… Mieux elle permet de découvrir des lieux insoupçonnés qui servent de couvent pour les fidèles du vodoun et qui sont utilisés comme refuge sacré lors des manifestations cultuelles et des rituels inédits. Fusionnant divinités et lieux de cultes, la forêt sacrée de Soyihoué représente un panthéon vodoun.

Visite de la Forêt sacrée de Soyihoué par une délégation de la préfecture du Mono

Mieux c’est un site bienfaisant. Il offre aux communautés, des ressources végétales et des éléments spirituels à usage sanitaire. Un recensement effectué en 2013 sur ce site identifie en terme de flore, quarante-huit espèces réparties dans trente-trois familles et vingt-sept espèces regroupées dans douze famille en ce qui concerne la faune. Au nombre de ces espèces, l’on peut citer : le baobab, l’iroko, le neem, le teck, l’acacia, le fagara (flore) et le singe, l’écureuil, les serpents, l’aulacode, le francolin (faune)

Les valeurs incarnées par la forêt sacrée de Soyihoué, les attributs et fonctions qui lui sont reconnus dans la conscience collective des populations de Lobogo, l’importance qu’elle porte aussi bien pour la commune de Bopa que pour le Bénin, constituent des raisons majeures qui justifient le fait que ce site mérite un aménagement et une mise en tourisme. La commune de Bopa étant bénéficiaire du projet de création d’un circuit touristique intercommunal durable dans le Mono (CIRTOUM), doit opter pour l’intégration de cette forêt sur la liste des sites touristiques à aménager et à mettre en tourisme.

 

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